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LAÏCITÉ:

FEVRIER 2008

Sauvegardons la laïcité de la République

Chers amis

A ce jour, nous avons dépassé les 40 000 signatures, ce qui doit nous inciter à mobiliser davantage encore nos structures départementales et locales pour amplifier le nombre.Les renforts, parmi les organisations signataires, notamment de la CFDT, de la CGT et de l’UNSA, doivent contribuer à un important succès.Pour répondre à la demande pressante de nombreuses personnes n’ayant pas de mail ou un seul, nous vous suggérons de diffuser  à vos contacts les éléments ci-dessous. Nous avons pris les dispositions pour que les modératrices puissent valider les mails @laicite.org précédés du nom.prénom de la personne.Si nos structures locales recueillent des signatures papiers et l’enregistrent directement sur le site de cette façon, cela permettra de répondre aux attentes sans une centralisation impossible à gérer.Je vous tiens au courant des évolutions

Cordialement

Pierre Tournemire 

 

APPEL LAIQUE: Appel à signer et faire signer par transmission à vos contacts   

Site pour signer cet appel http://www.appel-laique.org/  (Indiquer son e-mail)

 

Si vous ne disposez que d’un seul e-mail pour plusieurs personnes ou vous êtes une personne sans e-mail  mentionner pour chaque personne l’e-mail suivant : nom.prenom@laicite.org  ( nom et prénom de la personne signataire)  

 

Sauvegardons la laïcité de la République

Les organisations et personnalités signataires rappellent solennellement que, selon l’article 1er de la Constitution, la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Ces quatre termes indissociables définissent des principes qui s’imposent à tous, au premier rang desquels le Président de la République. Or, les déclarations récentes de Monsieur Sarkozy, mêlant ses convictions personnelles et sa fonction présidentielle, portent atteinte à la laïcité de la République.
> La mise en cause de ce principe constitutionnel indispensable à la paix civile est inacceptable. Depuis 1905, grâce à la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, la République assure à chaque citoyen la liberté de conscience, garantit sa liberté de croire ou de ne pas croire et de pratiquer le culte de son choix, de n’en pratiquer aucun ou de pouvoir en changer. Elle permet ainsi de vivre ensemble, dans le respect de chacun, quels que soient ses origines, ses choix philosophiques  ou ses convictions religieuses.
> Dans notre République et notre société multiculturelle, la diversité doit être richesse et non source de conflit. Pour cela, la laïcité, assurant l’égalité en droit des citoyens dans le respect des lois de la République, permet à la fois l’expression du pluralisme des convictions et la recherche de valeurs communes pour construire une communauté de destin.
> Dans un monde aujourd’hui global et de plus en plus complexe, où se multiplient les voies d’accès à l’information et aux connaissances, et où explose la médiatisation  des événements et de la pluralité des représentations du monde, seule la laïcité permet l’émancipation de tous en favorisant le libre accès au savoir et à la culture et le discernement de chacun pour un libre choix de vie, par une démarche rationnelle et critique faisant toute  leur  place au doute, à l’imagination et à la créativité.
> C’est pourquoi, les organisations et personnalités signataires s’opposeront à toute tentative qui mettrait, de fait, en cause la laïcité par une modification du contenu de la loi de 1905. A l’heure où nos concitoyens éprouvent des difficultés et des inquiétudes croissantes, elles les appellent à promouvoir la laïcité comme une exigence partagée avec la ferme volonté de bâtir ensemble une société où la justice sociale assurera, quotidiennement, pour toutes et pour tous, la liberté, l’égalité et la fraternité

 

Comite National Fédéral FERC-CGT  des 9 et 10 novembre 2006  

 

Il y a déjà 3 ans que nous avons consacré une demi-journée d’une Commission Exécutive Fédérale (CEF) à la laïcité. C’était d’ailleurs la première fois que nous avions une réflexion approfondie sur ce thème. Un dossier relatif à ces travaux avait été publié dans un numéro du LIEN ;

Nous étions contraints à cette réflexion par l’actualité : le port du voile par quelques centaines d’élèves (sur plus de 12 millions) avait atteint un tel émoi que le Président de la République avait décidé de créer une commission ad hoc pour statuer sur le problème (commission Stasi) tandis que le Président de l’Assemblée nationale créait la sienne propre (Commission Debré). 

La FERC avait été auditionnée par la Commission Debré. Je rappelle que la CGT devait être auditionnée par la commission Stasi mais qu’elle y a renoncé du fait du retard avec lequel elle a abordé le problème de la laicité. 

Toutes ces initiatives et le tapage médiatique qui les avait précédées, et avait largement contribué à faire du comportement des élèves portant un foulard un problème national, ont abouti à la promulgation d’une loi : la loi du 15 mars 2004 encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics.

Article 1 de cette loi : « dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.

Le règlement intérieur rappelle que la mise en œuvre d’une procédure disciplinaire est précédée d’un dialogue avec l’élève ».

Article 4 : « les dispositions de la présente loi font l’objet d’une évaluation un an après son entrée en vigueur ».

Une circulaire d’application suivit, publiée en mai 2004.

 1er remarque : l’interdiction ne s’applique qu’aux établissements publics, ce qui constitue une incitation à ouvrir de nouveaux établissements scolaires privés confessionnels.

2è remarque : l’évaluation prévue à l’article 4 n’a pas, à ma connaissance, donné lieu à une expression publique.

 

 Cette loi a-t-elle modifié en profondeur la vie dans les établissements ? A-t-elle modifié les comportements machistes, voire violents de certains garçons envers des filles ? C’est à vous de dire si des modifications ont été remarquées, moi je ne suis plus depuis longtemps sur ce terrain.

 

De la même façon, il n’y a pas eu d’informations sur ce que sont devenues les élèves exclues pour avoir refusé d’ôter leur foulard.

L’effet voile a été estompé, notamment par les émeutes déclenchées en octobre et novembre derniers lors de l’électrocution des deux malheureux adolescents de Clichy sous bois et c’est la violence, particulièrement la violence scolaire, qui focalise tous les feux de l’actualité médiatique.

En disant cela, je ne souhaite absolument pas donner le sentiment d’édulcorer la gravité de ces évènements. Je veux seulement souligner combien les médias conduisent, d’une certaine façon, le regard que chacun porte sur l’actualité.

 

Des femmes ont été empêchées d’assister à un mariage civil pour port de voile, au moins une autre a essuyé un refus d’entrer dans un bureau de la Poste pour la même raison et, actuellement, un sondage porte sur l’opinion suivante : « êtes-vous favorable ou non à l’interdiction du port du voile dans la rue ? ».

 

Alors qu’on appelait les citoyens à se lever en masse pour défendre la laïcité il y a 3 ans, il n’y a pas une seule catastrophe, un seul accident d’avion ou de train sans qu’un journal télévisé nous informe de la tenue d’une célébration œcuménique à la mémoire des disparus afin d’aider les familles à « faire leur deuil ». Une personnalité disparaît et l’Etat est représenté à la cérémonie religieuse qui a éventuellement lieu. J’arrête là ces exemples, mais il est pour le moins paradoxal d’assister à cette prévalence de la laïcité dans le discours assorti d’un tel empressement à agir en contradiction avec ce principe fondamental, de la part du service public d’information.

 

L’importance de la laïcité dépasse largement les évènements que je viens d’évoquer, d’où la décision de rouvrir notre réflexion sur ce thème.

 

Tout d’abord rappelons les termes de la Constitution de la République :

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée ».

Le préambule de 1946 affirme que « ... le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et libertés de l’homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République ».

Je vous rappelle, au passage, que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 a été ainsi présentée : « l’Assemblée nationale reconnaît et déclare en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les droits suivants de l’homme et du citoyen ».

 

Enfin, le texte législatif qui fonde le caractère laïque de la République, la loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des Eglises et de l’Etat.

 

Il est remarquable que malgré l’importance donnée à cette loi, légitimement, il n’y a pas eu de célébration officielle du centenaire de sa promulgation.

Certes, plusieurs organisations ont organisé des formes diverses de commémoration, dont notre fédération qui a participé à une journée d’étude et de réflexion avec diverses organisations laïques. Mais il n’y a pas eu de manifestation d’ensemble. L’initiative à laquelle nous étions associés, n’a pas eu une participation ni une audience remarquables. Elle a cependant été à la source d’une déclaration de chercheurs internationaux : nous la mettons à votre disposition *.

Cette déclaration expose, notamment, que « l’autonomie de l’Etat implique la dissociation de la loi civile et des normes religieuses ou philosophiques particulières ». Mais aussi que « les religions et les groupes de conviction peuvent librement participer aux débats de la société civile ».

La loi de 1905 constitue une étape décisive dans l’histoire de la France et de son régime républicain. Elle vient de loin.

- La France était un royaume centralisé qui fut à son apogée sous le règne de Louis XIV lequel, bien que roi de droit divin, était fort jaloux de son pouvoir absolu et n’entendait pas en céder la moindre miette au Pape, même si ce dernier représentait Dieu sur terre ! C’est aussi une des raisons pour laquelle les jésuites ont eu souvent maille à partir avec l’Etat du fait qu’ils ne dépendaient que de l’autorité du Pape.

 

La première étape décisive est le fait de la Révolution de 1789 avec, en particulier, la création de l’état civil, tenu auparavant par l’Eglise catholique, du mariage civil, du divorce, etc … Mais les révolutionnaires n’ont pas pensé la laïcité comme elle a été instituée, à l’issue de longs conflits, après les débats des républicains de 1905 jusqu’à notre époque.

 

Ainsi la Constitution civile du clergé a visé à mettre la religion catholique sous la coupe de l’Etat, ainsi la référence à l’Etre suprême (Cf Déclaration des droits de 1789, Cf l’organisation de la fête du même nom) ont montré les limites d’une politique encore imprégnée de la volonté de régenter l’Eglise au lieu de la placer à un autre niveau de la société.

 

La 3è République a su dépasser les conflits nés d’une longue liaison entre l’Etat et l’Eglise catholique, cette dernière ayant soutenu jusqu’après 1905 une opposition résolue à la volonté d’émancipation du peuple, et aux thèses sociales (au sens de la République sociale revendiquée par les forces populaires). Ce qui explique, sans le justifier, l’anticléricalisme d’une grande partie de la classe ouvrière pendant longtemps.

 

Si je reviens sur l’histoire de l’émergence de la laïcité c’est pour mieux comprendre pourquoi elle a pu prendre en France une dimension constitutionnelle, ce qui n’est pas le cas dans de nombreux autres pays.

Nous reconnaissons à la laïcité une valeur universelle, ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait qu’un seul chemin pour la faire adopter dans d’autres pays, celui suivi par la France. Cela n’amoindrit aucunement l’action pour la promouvoir partout où elle n’a encore aucune reconnaissance, ni symbolique, ni effective.

 

Mais si la laïcité se conquiert par la lutte des idées et la conviction, elle échoue dès qu’elle est imposée par la force. Ainsi la Turquie laïcisée brutalement par Ataturk est dirigé actuellement par un parti se réclamant de l’islam, ainsi les pays de l’ancien bloc socialiste dans lesquels la politique de propagation de l’athéisme a conduit finalement à un retour en force des Eglises, ainsi encore de l’Irak dont certaines personnalités politiques (Jean-Pierre CHEVENEMENT notamment) se plaisaient à rappeler le caractère d’état laïque.

Inutile de multiplier les exemples, la laïcité relève de la conviction, non de l’imposition d’un dogme. Quant on l’impose par la force elle ne pénètre pas les consciences en profondeur, elle n’est que subie tant que la pression existe puis rejetée dès que l’occasion surgit.

 

Aujourd’hui, la laïcité est encore un enjeu central dans la société française, mais les débats voire les conflits qu’elle peut encore nourrir n’ont plus grand chose à voir avec ses débuts épiques jusqu’en 1905 et même bien après. On ne s’étripe plus aujourd’hui en France sur des questions religieuses et la loi de 1905 y est pour beaucoup.

 

Il est quand même significatif que des critiques au sujet du retour de la messe en latin évoqué par le pape Benoit XVI viennent publiquement de la Conférence épiscopale des évêques de France !

 

Contrairement à l’opposition farouche qu’elle a développée contre la laïcisation de l’Etat et de la société française, l’Eglise catholique de France a fini par comprendre que la laïcité était plus utile à son existence que la poursuite d’un bras de fer dont elle ne pouvait sortir que perdante.

 

Les forces de droite instrumentalisent les questions religieuses au profit de leur politique, N. Sarkozy en est le virtuose. Au niveau international, en Europe notamment, les tentatives pour redonner à la religion une dimension politique n’ont pas réussi à s’imposer. Est-ce à dire qu’il n’y aurait pas de nostalgie de l’ancien régime chez certains, de risques, notamment dans certains secteurs de la population proche ou en voie d’exclusion, de ne voir comme moyen de survivre que de se tourner vers des instances religieuses ?

Ce serait refuser de voir la réalité. C’est le problème d’une autre politique sociale, de la rénovation et du redéveloppement des services publics qui est posé, pas celui du retour du religieux.

 

Il est plus facile pour les forces réactionnaires d’agiter le leurre d’un islamisme triomphant dans notre pays, d’une nouvelle guerre des religions, voire d’un retour des religions, que de proposer des solutions aux graves problèmes sociaux qui se posent à notre société.

 

Je ne pense pas qu’il y ait des forces significatives (qu’elles soient de nationalité française ou non sur notre territoire) pour prôner l’abandon de la liberté de conscience assurée par la République française, par le fait qu’elle garantisse le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées dans l’intérêt de l’ordre public. C’est l’article premier du titre I de la loi de 1905 : « la République assure la liberté de confiance. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public ».

Article 2 de la même loi et du même titre : « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes.

Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.

Les établissements publics du culte sont supprimés, sous réserve des dispositions énoncées à l’article III ».

 

Quand on pose le faux problème de modifier ou non la loi de 1905, on oublie de rappeler que le texte initial a fait l’objet de pas moins de 11 modifications par voie législative ou par ordonnance.

Mais jamais le titre I n’a été modifié, c’est le titre II, relatif aux attributions des biens et pensions, qui a seul fait l’objet de ces modifications. Cela n’est pas négligeable, et le financement des établissements scolaires privés est de nouveau remis à l’ordre du jour et nous y reviendrons. Mais les principes du titre I sont restés intangibles.

 

Certains annoncent le retour du religieux. La réalité de notre société c’est que, si la recherche de spiritualité existe dans ce monde de pouvoir économique et social dur, brutal, qui porte atteinte aux droits humains fondamentaux, la pratique religieuse est en chute libre, y compris chez ceux qui sont héritiers d’une culture familiale musulmane.

 

Un sondage cité par Roland Cayrol, directeur de l’Institut de sondage CSA est instructif :

« On évoque souvent, ici et là, un « retour du religieux », dont le sondeur ne distingue pas les prémices, en dehors d’une faible montée de la référence à l’islam. Il existe, c’est vrai, une demande de références explicatives, une quête de sens, une recherche de cadres éthiques, d’évaluation. Mais cela se traduit par un « bric à brac » religieux, dans lequel les individus puisent, pêle-mêle, comme à la boutique du coin ; plus de la moitié des Français disent croire à Jésus Christ, fils de Dieu, mais aussi à la transmission de pensée, la moitié croit aux prédictions de voyantes, le tiers aux extras terrestres ou aux tables tournantes. »

 

Le pouvoir et les forces de droite érigent l’islam en épouvantail pour ne pas résoudre le problème majeur de l’immigration et de la relégation qui est imposée à une grande part d’enfants et d’adolescents, sans perspective d’insertion dans la société française, dont les ascendants, parfois de 2è ou 3è degré, ont été recrutés sans ménagement au moment où la France manquait de bras.

Oui l’islamisme, c'est-à-dire l’islam instrumentalisé à des fins politiques, existe : mais n’a-t-il pas d’autant plus d’écho que le culte musulman est réduit trop souvent à être vécu dans des conditions insupportables ? La laïcité ne nous autorise pas à nous faire les propagandistes d’un islam « modéré » ou autre. La formation des responsables religieux (je ne dis pas clergé car il n’y a pas d’église constituée), la construction de lieux de cultes seraient des moyens plus efficaces que la dénonciation et l’ostracisme. Mais cela implique évidemment et sans hésitation la sanction de conduites allant jusqu’à des comportements d’action terroriste, cela va de soi mais encore mieux en le disant.

 

Il faut en finir également avec des assimilations stupides et stigmatisantes telles que : un teint basané, un nom à consonance maghrébine, moyen-orientale ou orientale ne signifie pas forcément arabe, arabe ne signifie pas forcément musulman et musulman n’est pas synonyme de terroriste.

 

Est-il sensé de présenter le fait de vivre pleinement une vie de citoyen en France en pratiquant une religion en limitant les questions que cela peut poser à un choix ainsi présenté : on fait passer la loi républicaine avant la loi religieuse, comme si un croyant devait vivre sur le mode schizophrénique ? Ce n’est pas en se posant cette alternative que les personnes concernées réagissent et trouvent une voie conciliant leur civisme et leur foi.

 

Oui l’islam, dans l’ensemble de la vaste population de ses ressortissants dans les différents pays du monde où il est pratiqué, n’est pas encore arrivé à s’adapter à la laïcité dans un monde moderne duquel il ne peut s’exclure : ce chemin sera obligatoirement parcouru mais avec quelles difficultés et en combien de temps ?

 

La difficulté en France c’est que l’islam est encore profondément ressenti comme la religion des immigrés, donc de personnes ayant subi longtemps le joug du colonialisme et dévalorisées à ce titre.

 

Alors l’enjeu est-il d’agir sur la religion musulmane ou de créer les conditions de l’accès à la pleine citoyenneté de musulmans qui sont d’ailleurs français depuis longtemps, pour la plupart d’entre eux, sans pouvoir exercer les prérogatives qui en découlent ?

 

L’enjeu n’est-il pas de rétablir l’égalité des droits que le discours consensuel transforme en « équité » ou en « égalité des chances » ?

 

Le concept d’égalité des chances devenu au fil du temps une revendication reprise dans de nombreux textes syndicaux, qu’il s’agisse de l’école, de la société dans son ensemble, et même de la retraite, mérite tout de même d’être interrogé. En effet, les chances en question sont à comprendre au sens mathématique du terme, et renvoie à la notion de compétition : autrement dit que les meilleurs gagnent et que les perdants acceptent sereinement d’avoir perdu puisqu’ils ont eu les mêmes chances que les autres.

C’est évidemment contraire à l’égalité des droits car les droits concernent tout le monde, les « meilleurs » comme les autres. Relevons d’ailleurs que cette soi-disant égalité des chances à l’école a largement contribué à l’échec scolaire et au sentiment d’exclusion ressenti par les élèves qui ne sont pas les « meilleurs ».

Quand des enfants savaient qu’ils ne pouvaient pas faire de longues études parce que leur origine sociale leur en interdisait l’accès, ils ne vivaient pas ce refus comme une mise en cause de leurs capacités personnelles. Depuis qu’on leur dit qu’ils ont eu leur chance comme tout un chacun et qu’ils n’ont pas su se classer parmi les meilleurs, c’est bien leur personne qui est disqualifiée : c’est aussi une des raisons qui conduisent certains jeunes à rechercher une revanche par la révolte et la violence.

 

On est abreuvé de mots tels que « république » (avant je vivais en France, maintenant je vis dans la République), laïcité, citoyenneté, nos valeurs, etc, tandis qu’on dénonce le communautarisme que l’on définit par analogie (en référence au monde anglo saxon) sans en expliquer le sens politique.

Dans le même ordre d’idée on parle de sphères privée, publique, en amalgamant espace géographique et domaine juridique : la sphère publique est tout ce qui relève de la loi votée par les représentants du peuple, la sphère privée concerne les convictions personnelles qui ne relèvent que de la liberté de conscience de chaque personne.

 

Certes, il faut retrouver des repères qui, en termes de société, se traduisent en termes de valeurs. Est-ce si simple ?

Depuis la laïcisation à laquelle les révolutionnaires se sont efforcés de donner forme, un obstacle n’a jamais été complètement levé : la nécessité d’une éthique sociale ne se réduisant pas à une morale en l’absence d’une autorité transcendante. Dieu est mort, disait le héros de Dostoïevski, tout est-il alors permis ?

 

Voici un extrait d’un texte célèbre écrit entre 1792 et 1794.

« L’idée de l’Etre suprême et de l’immortalité de l’âme est un rappel continuel à la justice ; elle est donc sociale et républicaine. La Nature a mis dans l’homme le sentiment du plaisir et de la douleur qui le force à fuir les objets physiques qui lui sont nuisibles et à chercher ceux qui lui conviennent. Le chef d’œuvre de la société serait de créer en lui pour les choses morales, un instinct rapide qui, sans le secours tardif du raisonnement, le portât à faire le bien et à éviter le mal, car la raison particulière de chaque homme, égarée par ses passions, n’est souvent qu’un sophiste qui plaide leur cause, et l’autorité de l’homme peut toujours être attaquée par l’amour propre de l’homme. Or, ce qui produit ou remplace cet instinct précieux, ce qui supplée à l’insuffisance de l’autorité humaine, c’est le sentiment religieux qu’imprime dans les âmes l’idée d’une sanction donnée aux préceptes de la morale par une puissance supérieure à l’homme. Aussi, je ne sache pas qu’aucun législateur se soit jamais avisé de nationaliser l’athéisme ; je sais que les plus sages même d’entre eux se sont permis de mêler à la vérité quelques fictions, soit pour frapper l’imagination des peuples ignorants, soit pour les attacher plus fortement à leurs institutions. »

 

Ce texte est extrait du « Discours sur la question religieuse » de Maximilien Robespierre.

Plus tard, Jules Ferry et les autres fondateurs de l’école laïque, gratuite mais pas obligatoire (je rappelle au passage que c’est l’éducation seule qui est obligatoire et que les parents peuvent en choisir les modalités), la question de l’enseignement de la morale s’est posée. Jules Ferry dans sa célèbre lettre aux instituteurs de France en appelle à « la bonne vieille morale de nos pères », c'est-à-dire celle dispensée traditionnellement par l’Eglise catholique !

 

Aujourd’hui, on se retranche derrière « nos valeurs républicaines » que tant de responsables politiques, économiques, professent à pleine voix mais violent sans hésitation quand leurs intérêts sont en jeu (pas forcément personnels).

 

D’où ce sentiment d’injustice, d’une loi pour les forts et d’une autre pour les faibles.

Parler de la loi à des enfants sans les avoir amenés à comprendre la nécessité d’une règle commune pour bien vivre ensemble, dans une communauté telle que la classe, est une exigence qui est loin d’être prise en compte : pour respecter la loi, il faut avoir compris qu’elle protège chacun d’entre nous et défend notre propre personne.

 

Un dernier enjeu que je citerai est donc celui d’une société éducative où chacun se sente responsable des autres et notamment des enfants.

 

Une société enfin, capable de définir de grands idéaux, capable de donner du sens à la vie humaine, quelles que soient les convictions et les options politiques, philosophiques ou religieuses de chacun.

 

 Agnès (FERC)

 

 

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